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LES RATÉS DE L'ECOLE

CONFÉRENCE SUR LE DÉCROCHAGE SCOLAIRE

MÉMOIRE

Présenté

par Madeleine Guillemette

SECRÉTAIRE DE RECHERCHE

Madeleine@icrdl.net

ãcopyright1990ã  

LES RATÉS DE L'ÉCOLE

Ils sont considérés comme des délinquants, têtes fortes, paresseux, punks, les décrocheurs-types. Mais en fait, ils bûchent depuis 10 ans mais l'école et eux, cela n'a jamais cliqué: quatre décrocheurs sur cinq ont doublé au moins une année et la plupart rêvent de terminer leur secondaire! Mais ils n'en peuvent plus... "Le plus beau mot pour les décrire: les persévérants et non les décrochants" : dit Marie-Michèle Violette, auteur de la plus récente recherche sur l'abandon scolaire. Voici un de ses exemples: "Donnez-moi quelque chose à faire avec mes mains, vous allez voir que je suis bon". dit Karl Thivierge, décrocheur de 16 ans, qui a triplé son secondaire III.

Ils se sentent délaissés, se sentant incapables d'être des "BOLS", ils ont l'impression de poireauter dans l'école, perdre leur précieux temps, étant démotivés et mis à part. Cela ne leur tente pas de gruger des maths ou jouer de la clarinette, ils veulent apprendre un métier en même temps que finir leur secondaire et non pas faire des stages sans diplôme à la fin de leur année scolaire. Un métier sans diplôme! Impossible!

Le nouveau régime pédagogique est une manufacture de décrocheurs, prévient Claude Rivard, auteur des décrocheurs scolaires (Hurtubise HMH). A compter de 1994, tous les élèves devront digérer les statistiques du secondaire V et la physique du secondaire IV pour obtenir leur certificat d'études secondaires. Combien de jeunes étant plus créatifs que cartésiens pourront tenir bon jusqu'à la ligne d'arrivée?

En 1975, la moitié des élèves décrochaient et on n'en parlait pas. Il a fallu des statistiques en argent "$" comptant pour réveiller les pouvoirs publics: le décrochage lié à la pauvreté a coûté 1,6 milliard de dollars ($) par année mais le drame n'est pas la perte d'argent ni l'absence de diplôme : ce sont les enfants qui souffrent... Pour aider ces jeunes en difficulté d'apprentissage, on utilise encore la vieille méthode du doublage: Coût annuel du doublage: c'est 505 millions de dollars ($), ce qui n'empêchera pas les doubleurs de quitter l'école sans diplôme...

Le décrochage, c'est un élan de vie, un geste sain posé par des jeunes qui ne peuvent plus tolérer l'échec chronique: "quand tu te fais dire pendant 10 ans que t'es poche ou cloche et que tu fais baisser la moyenne de la classe, s'il te reste un peu de dignité, tu t'en vas et tu fouts le camp...!".

Le jeune décrocheur se sent mis de côté par le professeur qui ne cesse de vanter le plus intelligent qui réussit, les profs lèvent les yeux au ciel et soupirent quand on pose une question parce qu'on a pas compris, et on n'obtient pas de réponse la plupart du temps, ce qui les retardent dans leur horaire. Les profs encouragent ceux qui apprennent vite, leur lancent des fleurs, on les traite de chou-choux. " Nous aussi, on travaille dur pour avoir des notes précaires, mais ils ne voient pas notre dur labeur..."

Pas besoin d'être fin psychologue pour comprendre la dynamique du décrochage... Ces jeunes n'ont pas de problèmes d'apprentissage graves. Il leur faut simplement plus de temps pour comprendre. D'autres ont de la difficulté à rester trop longtemps assis à écouter. Ils ont besoin de bouger, de travailler avec leurs mains et trouvent l'école dévalorisante. L'école brise ceux qui ne se sont pas adaptés, ils en ressortent plus pauvres qu'à leur arrivée car ils y laissent leur estime de soi. Ils ne s'aiment pas et ne se sentent pas aimés et acceptés. Ils trouvent que l'école ne trime à rien, ils y vont pour perdre leur temps et s'arrangent tout juste pour passer, et s'y ennuient à en mourir, n'ayant pas de motivation. Ce qu'ils leur faudrait: des ateliers de menuiseries, de cuisine, de peinture, de cuir, de soudure ou d'informatique avec des professeurs orthopédagogues adaptés à leur apprentissage ralenti. C'est ce qui valoriserait leur estimation de soi et les stimulerait au lieu de s'endormir sur les bancs d'école à faire de la physique ou de l'algèbre dont ils ne comprennent absolument rien.

Le bout du tunnel au secondaire, c'est l'ISPJ, ("l'Insertion Sociale et Professionnelle des Jeunes".) Ce sont les décrocheurs-types des Polyvalentes; un "ramassis" de jeunes ayant des difficultés de comportement: (ex.: les délinquants sortants des Centres d'accueil fermés ou ouverts, de Foyers d'accueil) ou des jeunes avec des difficultés d'apprentissage: (des autistiques, des dyslexiques, des épileptiques) ou bien encore des jeunes de 16-17 ans (normalement trop âgés). Ils seront sans diplôme à la fin de l'année, ils résument quelques notions scolaires, ils rêvent de devenir: serruriers, soudeurs, préposés à... etc... mais ils ne peuvent être admis dans un programme de formation professionnelle avant d'avoir réussi les cours de français, maths ou anglais du secondaire IV mais eux ils en sont seulement au français I ou Maths II ou anglais III si ce n'est parfois aux notes du primaire!. C'est une mission et un rêve impossible!

Le décrochage des enfants mineurs (14 à 16 ans) sont signalés à la DPJ qui, elle, a d'autres chats à fouetter. Le décrochage fait partie des moeurs comme les MTS et la Violence ou la Drogue.

Portraits-types du décrocheur

Patrice a 16 ans, il a abandonné l'école en mai 1991. "Ça n'allait pas avec les profs et j'en avais assez d'étudier. De toute façon, j'étais pas bon..." Aujourd'hui, il est pompiste à temps partiel, au salaire minimum. A 15 ans, Louise songe sérieusement, elle aussi, à décrocher. "Je suis "tannée" du système scolaire, je perds mon temps. les professeurs ne me comprennent pas" laisse-t-elle tomber, désabusée.

Patrice et Louise ne sont pas des cas isolés. Au Québec, le pourcentage d'abandon scolaire est inquiétant. Selon des données de la C.E.Q. (Centrale de l'Enseignement du Québec), près de 40% des jeunes quittent le secondaire sans diplôme en poche. Des statistiques récentes du Ministère de l'Éducation révèlent que 60% des décrocheurs sont des garçons (indicateur sur la situation de l'enseignement primaire et secondaire, MEQ, 1991). Les jeunes qui abandonnent l'école, filles ou garçons, viennent pour la plupart de milieux défavorisés ou de foyers désunis. Ils décrochent à 17 ans en moyenne, sans même avoir terminé la 3e année du secondaire.

Le chemin qui mène à l'abandon

Ces jeunes ne quittent pas l'école du jour au lendemain. Le processus d'abandon se déclenche généralement dès le primaire. Les causes les plus répandues sont:

- des échecs en classe;

- des difficultés à nouer des liens avec les professeurs et les autres élèves;

- une sérieuse perte de motivation;

- Les problèmes familiaux;

- La drogue ou l'alcool.

La base du décrochage ne débute pas au secondaire mais au pré-scolaire, voir à la maternelle. Là où l'on décèle les premiers problèmes d'apprentissage. Ceci est dû, premièrement, à la réforme pédagogique du français à l'oreille (au son) et non à l'écriture. Avec cette tactique, l'enfant sait lire couramment mais ne sait pas écrire correctement: des dictées pleines de fautes d'orthographe. La plupart de ces petits sont plus manuels qu'auditifs. Voilà où commence la difficulté d'apprentissage: le français écrit (problème dyslexique, orthophonique). Si on ne décèle pas précocement ces problèmes au début de la première année scolaire, les retards s'accumuleront et suivront l'enfant dans son apprentissage scolaire jusqu'à la fin du secondaire, c'est-à-dire au décrochage. L'intervention des personnes ressources, comme les orthopédagogues, les orthophonistes, les psychologues devraient entrer directement avec les enseignants du pré-scolaire et primaire pour détecter les enfants en difficulté d'apprentissage.

Parmi les décrocheurs, plus de la moitié d'entre eux ont redoublé au moins une année et plus au primaire. Ils sont incapables de s'adapter au secondaire dont l'horaire, l'enseignement, l'environnement et l'encadrement changent complètement pour l'enfant qui ne se sent pas prêt au changement. Et redoubler, se retrouver avec des compagnons plus jeunes, c'est vécu comme un échec par l'enfant. Cela renforce souvent la piètre opinion qu'il a de lui-même et il devient vite la risée de la classe. Si le problème persiste au secondaire, les échecs et les conflits s'accentueront. Les absences se multiplieront et finalement, ce sera le décrochage.

L'ennui, c'est que la situation n'est guère plus reluisante une fois que le décrocheur a quitté l'école. S'il réussit à se trouver un emploi, c'est un travail précaire et il a recourt au Bien-Être Social en vivant sans effort.

Le Mouvement d'Action-Jeunesse et d'Initiative pour l'Emploi (M.A.J.I.E.) coouvrant le territoire de la Commission scolaire des Manoirs à Terrebonne, tente de prévenir l'abandon scolaire chez les jeunes de 16 à 24 ans. Sa directrice, Diane Hamelin, affirme: "Pour les jeunes sans qualifications (diplôme) ni expérience, le marché du travail, c'est plus souvent qu'autrement la désillusion. Ils ne réalisent pas ça avant de décrocher. Et quand on le leur dit, ils s'imaginent que l'on exagère".

Il existe (5) cinq portraits types de décrocheurs:

Les défavorisés, les esprits créateurs, les utilitaires, les minoritaires et les élèves en situation critique:

Les défavorisés: ayant grandi dans des foyers d'accueil ou des familles disfonctionnelles. Leurs problèmes scolaires ont débuté très tôt au primaire et leur carnet de route démontre leurs nombreux contacts avec les personnes ressources. Ils manquent d'aspirations ou ont des aspirations irréalistes.

Les esprits Créateurs : ils proviennent de famille à revenus moyens et supérieurs où les parents sont bien éduqués. Se sentant brimés dans les écoles. Viennent la plupart de foyers désunis.

Les utilitaires: Ils veulent gagner de gros salaires tout de suite dans un métier spécialisé ou lancer une entreprise. Sont pressés de gagner de l'argent. Pour eux l'école n'est pas utile.

Les minoritaires: Sont un groupe distinct éprouvant le sentiment de ne pas avoir leur place dans le système. Ils n'ont pas de modèle de persévérance et se plaignent de discrimination et ne se sentent pas acceptés dans la société.

Élèves en situation critique: Vivent des situations familiales ou personnelles qui sans être aussi graves que les défavorisés, contribuant à leur abandon des études. Les parents sont peu scolarisés disant qu'ils font de leur mieux.

Le rôle des parents:

On ne vient pas au monde "parents" pas plus qu'on apprend à le devenir à l'école. Il faudrait mettre sur pied une "ECOLE DE PARENTS". Il faut leur apprendre à devenir parents aux couples qui veulent des enfants. Une école qui prendra place dans le milieu naturel des parents, même dans leur propre quartier se réunissant en petits groupes, des parents qui désirent apprendre à être de meilleurs parents sans y laisser leur peau. Il existe déjà une Ecole des parents de l'IFACEF: "l'Institut de Formation et d'Aide Communautaire à l'Enfant et la Famille" de Montréal. Il faudrait en implanter une chez-nous pour nous aider avec des intervenants à se prendre en main avant qu'il soit trop tard.

Le rôle de l'organisme bénévole: ÉCOLE DE PARENTS

Aider les parents avec les intervenants: psychothérapeutes, orthopédagogues, et psychodramatistes qui se déplacent pour rejoindre les parents sur leur territoire en se réunissant par petits groupes de 12 à 15 parents pour donner la chance à chacun d'exprimer ses idées. Les parents choisissent eux-mêmes le thème qu'il veulent aborder. Des problèmes de tous les jours aux problèmes majeurs. On discute, on apporte son point de vue, on fait des jeux de rôle qui permettent de saisir une situation le tout dans la bonne humeur et en dédramatisant la situation de chacun."

Il n'existe pas de recette miracle pour être parent. Chacun décide selon sa personnalité et celle des enfants, les expériences ou suggestions des autres parents, celles de la thérapeute, comment résoudre un problème de comportement d'un enfant. Les uns prendront conscience qu'ils sont trop sévères, d'autres trop permissifs mais tous se sentent supportés et compris dans le groupe. Il y a beaucoup d'échanges entre les parents, un grand respect mutuel et de l'entraide. Des liens se tissent entre eux. Les thérapeutes doivent s'adapter à chaque groupe et doit être parent lui-même, ce qui l'amè-ne à raconter son vécu avec ses enfants et éviter de s'accrocher seulement qu'à la théorie.

Les thèmes sont différents selon l'âge des enfants, comme les crises du pipi au lit, des chicanes entre frères et soeurs, de l'argent de poche, des rentrées et sorties des adolescents aux inquiétudes de la sexualité, etc...

Les parents sont aussi des individus, un couple qu'il faut préserver harmonieusement, tout y est discuté également dans le thème.

Dans ce groupe, ils se retrouvent comme des parents avec des besoins normaux retrouvant notre équilibre parental.

Charny aura bientôt son École des Parents, pourquoi pas nous aussi? Il serait bien d'avoir dans notre région un organisme relié avec le CLSC pour nous procurer des intervenants afin de créer une ECOLE DE PARENTS REGIONALE qui serait associée avec l'IFACEF de Montréal. Il existe dans notre région, un organisme: L'APPRENTI-SAGE qui aide les parents d'enfants en difficulté d'apprentissage et leurs enfants. C'est un organisme avec des ateliers de formation pour adolescent et ses parents. Il offre de l'encadrement de l'enfant à l'école par les parents. Pour la consultation, l'étude de cas, la problématique n'est pas centrée seulement sur une composante mais sur toutes les trois: La dynamique relationnelle et personnelle de l'enfant, l'école et la famille et son environnement.

Pour plus de renseignements, veuillez me contacter pour établir une rencontre si cela vous intéresse.

Il y a aussi le Comité de Parents d'Enfants Handicapés, en Difficultés d'Adaptation ou d'Apprentissage (E.H.D.A.A.) instauré dans la Commission Scolaire de La Pocatière. Ils aident les parents qui aiment suivre la démarche de leurs enfants en difficulté et les guider tout au long de l'année scolaire et recevoir l'aide des orthopédagogues de la Commission Scolaire.

Les professeurs:

Les jeunes imitent leurs profs. La moitié des enseignants de ces classes illégitimes ont pris un congé sabbatique ou sans solde au cours des cinq dernières années! Ils sont désabusés et se plaignent d'être relégués au rang d'exécutants fonctionnaires ne connaissant rien aux enfants. Ils questionnent au lieu d'instruire les enfants. La moitié des enseignants s'en iront à la retraite d'ici huit ans mais selon les statistiques ce sont eux les meilleurs enseignants comprenant les changements dans la jeunesse d'aujourd'hui et ils nous quitteront bientôt laissant la place à des enseignants plus jeunes dont il faut d'abord commencer à les enseigner (recycler), ce qui coûte cher au Ministère: recycler les professeurs pour leur montrer comment fonctionne la nouvelle réforme scolaire.

Selon Lorraine Pagé, présidente de la Centrale de l'Enseignement du Québec (CEQ), 40% des maladies chez les professeurs sont d'origine nerveuse: comme le burn-out ou la dépression nerveuse, surtout ceux qui s'occupent des élèves en difficultés d'adaptation et d'apprentissage et ceux de la première année scolaire. Car ces élèves ont besoin plus d'accompagnement, d'encadrement car ils sont turbulents, irrespectueux ayant aucune censure.

 

L'École "ANTIDÉCROCHAGE"

La plus grosse école antidécrochage c'est l'ÉDUCATION DES ADULTES. Une bouée de sauvetage pour les décrocheurs. Un adolescent sur 10 y complète son secondaire. Pour des jeunes qui ont quitté l'école pour laver la vaisselle ou servir des hamburgers, qui s'inscrivent à 18 ans séduits par des horaires plus souples et plus rapides et un enseignement personnalisé, ce dont ils avaient besoin! Mais quelle déception quant à l'examen de classement avant l'inscription des adultes! Se croyant au secondaire V, ils sont recalés en secondaire I ou II". Les plus loquaces, sont les 9% qui restent qui seront diplômés durant leur année scolaire aux Adultes.

Pourquoi ne pas fonder une ÉCOLE ANTIDÉCROCHAGE: spécialisée avec un horaire personnalisé se concentrant seulement sur les matières de base en changeant l'organisation des cours. L'âge de bord, est 16 ans. Tout le monde y va à son rythme avec des cycles respectant la diversité des rythmes d'apprentissage. Aux États-Unis, la mode est au PREP-TECH des programmes intégrant les cours théoriques à la pratique tout en encadrant chacun des élèves avec supervision.

La loi 107 sur les comités d'école et orientation veut institutionnaliser la participation des parents mais le drame c'est qu'on s'y occupe trop de projet éducatif et du pavage du stationnement plutôt que d'enfants bien réellement en difficulté qui en ont assez d'aller à l'école rendus à 16-17 ans reclus dans une classe de délinquants démotivés qui cherchent à se faire du fun. L'urgence c'est l'aide aux devoirs, le tutorat, la récupération, les ateliers. Au lieu d'aider les parents débordés à mieux encadrer leurs enfants, le Ministère de l'Éducation leur demande du bénévolat et coupe l'aide que ces enfants ont besoin pour leur éducation: des personnes ressources comme des orthopédagogues, des psychologues etc... parce qu'ils manquent de fonds, ils font des "coupures" parce que le Gouvernement le leur oblige.

La seule ressource pour les parents de ces futurs décrocheurs, c'est de les envoyer aux Cours des Adultes: ils ont 16 ou 17 ans, trop jeunes pour lâcher et trop vieux pour rester... L'indiscipline de ces jeunes décrocheurs continue aux Cours des Adultes, ils y sèment la discorde, changent l'atmosphère paisible de la classe, dérangent les adultes qui y étudient. Ils éprouvent de grandes difficultés à s'adapter à une forme d'enseignement individualisé, un horaire flexible, un régime pédagogique moins lourd. Mais ils croient qu'avec l'aide bénéfique de leurs compagnons adultes, ils pourront avoir une chance de réussir leur attestation d'études. 

Statistiques de l'abandon scolaire:

Le taux d'abandon scolaire au Québec a augmenté du tiers; Il est passé de 27,5% à 36%. Il dépasse 42% chez les garçons, c'est le plus élevé de tout l'Occident! Il doit être relativisé. Il faut s'attendre à une augmentation au cours des années à venir. M. Michel Pagé, nommé titulaire du ministère de l'Éducation a été confronté à ces dures données.

Le Ministre a annoncé que son ministère allait mettre sur pied dès septembre un programme pur minimiser les abandons. Le Ministre fut interrogé à l'Assemblée Nationale et tout indiqué à l'élaboration d'hypothèses de travail. La Centrale de l'Enseignement du Québec (CEQ) a décidé de prioriser le décrochage scolaire. Le dossier (REUSSIR À L'ECOLE) fut bien étoffé, nous dévoilant le faible travail du Ministre.

La CEQ, en Septembre, reprendra ses tournées régionales. Elle tiendra des journées pédagogiques et elle tentera de mobiliser les organismes communautaires et les associations de parents. Cette dernière a collaboré avec l'Université Laval dans le but de mettre en place un Centre d'études, de recherche et de formation sur les échecs et les abandons scolaires.

Le décrochage n'est pas concentré seulement dans une ville du Québec, mais bien dans toutes les régions du Québec. Les milieux défavorisés et les régions éloignées sont les plus touchées. On note 2,2 fois plus de décrocheurs chez les élèves qui sont pauvres que chez les autres.

C'est surtout chez les étudiants de 17 ans que le taux de décrochage est plus élevé. On sait seulement que leur âge et leur sexe, rien d'autre. C'est surtout à partir de la troisième année du secondaire et il est plus accentué chez les élèves en réadaptation scolaire. Même avant l'âge obligatoire de la fréquentation scolaire, 6,6% des élèves quittent déjà l'école.

Selon le Ministère de l'Éducation, sur 100 jeunes qui ont entrepris leurs études primaires, seulement 33,6% obtiendront un diplôme d'enseignement secondaire dans la région du Nord-du-Québec, 54% en Outaouais, 54,5% en Abitibi-Témiscamingue, 57,2% sur la Côte-Nord, 57,5% en Gaspésie et aux Iles-de-la-Madeleine et 68,9% dans le Bas Saint-Laurent.

Par contre, la région de Québec est la moins touchée. On prévoit, cette année qu'il y aura 73,3% qui obtiendront leur diplôme, comparativement à 68,5% pour la région Chaudière-Appalaches (Lévis et la Beauce).

De 1988 à 1991, l'effectif de l'Éducation des adultes est passé de 74,553 à 91,288 élèves et celui des moins de 20 ans de 19,183 à 31,212 donc 16,735 élèves de l'Éducation des Adultes avaient moins de 20 ans.

Il y a 226 jeunes qui ont décroché l'an passé dans les écoles secondaires de la Rive-Sud. Le pourcentage de décrochage de la Rive-Sud est monté de 3% à 7% si on compte ceux qui abandonnent pour cause de maladie ou les placements dans les centres d'accueil. Selon M. Christian Payeur du Centre de recherche et d'intervention sur la réussite scolaire, c'est que sur 100 petits Québécois s'inscrivant au primaire, 36 décrocheront sans diplôme au secondaire.

Dans son colloque sur la réussite scolaire paru dans le SOLEIL du 25 janvier 1992, le Président du Conseil Supérieur de l'Éducation, M. Robert Bisaillon a insisté sur la relation qui doit exister entre l'élève et l'enseignant. La qualité de cette relation est au coeur de la réussite scolaire. Il veut émettre une pédagogie interactive entre les enseignants eux-mêmes dont la principale caractéristique de la pratique actuellement est l'isolement et il soutient que cet isolement est néfaste pour la réussite scolaire, il évite la concertation sur les apprentissages et ne favorise pas leur intégration. Il veut améliorer les relations entre les élèves eux-mêmes dont le développement de l'intelligence s'effectue au contact des autres.

Plutôt que de parler d'encadrement, le président du conseil préfère le mot "accompagnement". Il souligne que les jeunes qui ont des difficultés ont besoin d'un repère humain, d'une bouée de sauvetage et la présence attentive au cheminement de l'élève doit être assumée non seulement par les enseignants mais par tous les responsables de l'école. De plus, il suggère une valorisation de l'engagement parental, conscient que la famille et l'école sont des partenaires obligés de travailler en équipe dans le parcours scolaire du jeune. Il faut que la participation des parents à la vie de l'école soit plus apparente. Il faut les impliquer plus à la vie scolaire de leurs jeunes. Il faut reconnaître que le contact individuel avec les parents est nécessaire. Il importe également que les parents s'occupent un peu plus de leurs enfants. Il ne faut pas avoir peur de les encourager et de les motiver, leur apprendre à déchiffrer un bulletin et comprendre ce que vit leur enfant à l'école.

L'avenir n'est pas rose pour les décrocheurs. Selon Emploi et Immigration Canada, d'ici la fin de la décennie, il y aura moins d'emploi pour eux. Le nombre d'emplois que peuvent espérer obtenir les travailleurs qui n'ont pas terminé leur cours secondaire passera de près de la moitié (45,3%) au tiers (32,8%) de l'ensemble des emplois offerts.

Bien entendu, des parents ne peuvent pas forcer un enfant à étudier, néanmoins, leur comportement face à l'école peut être déterminant dans le désir d'apprendre du jeune. Il

n'existe pas de règles pré-établies pour motiver son enfant, mais certains procédés et attitudes ont déjà fait leurs preuves.

Privilégier des liens harmonieux

Lors des échanges avec des jeunes du primaire et du secondaire, Louise Despard-Léveillée, conseillère au Service des consultations de la commission des Manoirs, a constaté qu'ils accordent beaucoup d'importance aux relations qu'ils

entretiennent avec leurs professeurs et leurs compagnons de classe. Et ces relations influencent tout désir de réussir.

"Aujourd'hui comme hier, bien peu d'enfants vont à l'école juste pour le plaisir d'apprendre, déclare Jacques Gareau, directeurs des Services éducatifs particuliers et complémentaires à la Commission Scolaire des Manoirs et ex directeur d'école. "C'est plutôt la motivation qui fait qu'un enfant aura le goût d'apprendre et de réussir. Mais celle-ci est soumise à divers facteurs, dont la qualité de la relation entre l'enfant et son entourage, tant à la maison qu'à l'école. L'expérience a d'ailleurs démontré que ceux qui aiment l'école et obtiennent de bons résultats sont ceux qui ont su développer des rapports harmonieux avec les autres. "

A l'école, c'est surtout par le biais des activités parascolaires, des travaux en équipe et pendant le lunch et la récréation que des amitiés se nouent. Ainsi, c'est en participant à des matchs de basket-ball que Renaud s'est lié d'amitié avec Éric, la "bolle" de la classe. Et c'est vers lui qu'il se tourne maintenant lorsqu'il éprouve des difficultés dans une matière. Ses notes ont grimpé, en même temps que son intérêt à l'école.

Reste que c'est d'abord à la maison que les jeunes apprennent à créer des liens. S'ils vivent dans un climat familial serein, si la relation avec leurs parents est harmonieuse et stable, ils reproduiront nécessairement ce modèle avec les autres, le contraire est aussi vrai.

Les enfants solitaires ou souvent seuls, auront de la difficulté à se faire des amis; les petites "terreurs" également. Il faut y remédier dès le plus jeune âge en favorisant des activités avec d'autres enfants (voir "Comment l'aider à se faire des amis, COUP DE POUCE, juin 1991).

Quant aux conflits qui peuvent éclater entre un enfant et son professeur, il vaut mieux chercher à le régler le plus tôt possible (voir conflits professeur-enfant: les bonnes solutions, COUP DE POUCE, octobre 1991).

Une priorité: la communication

Le personnel enseignant constate de plus en plus d'enfants éprouvent des troubles d'apprentissage, comme des problèmes à s'orienter, à distinguer la droite et la gauche, à se concentrer, etc... Un programme d'aide et de soutien, mis au point par le professeur et les spécialistes peut faire toute la différence pour que l'enfant ne se désintéresse pas de l'école et n'accuse pas un retard appréciable, il faut le référer aux classes de cheminement particulier continu le plus tôt possible dès que l'on décèle un problème, sinon il redoublera une ou deux années et il sera trop âgé pour continuer et comme on le sait décrochera sûrement...

De plus, un nombre grandissant de jeunes arrive en 1ère année avec de sérieux problèmes de langage. La raison: le manque de communication, de l'avis de plusieurs intervenants. Surprenant! Non! D'autant plus que l'on a tendance à croire que les jeunes d'aujourd'hui sont particulièrement choyés en ce domaine. Mais il suffit d'y regarder d'un peu plus près pour se rendre compte que les jeux vidéo-nitendo, les ordinateurs, et la télévision dont ils sont de grands consommateurs, ne stimulent pas le langage. "De nos jours, le petit écran a évincé la lecture, la discussion, constate Jacques Gareau. Pourtant, il n'y a qu'une manière de développer le langage, d'acquérir du vocabulaire et de former des habiletés à parler, en discutant régulièrement et aider les jeunes à aimer la lecture, un passe-temps très instructif. Il est donc essentiel que les parents réapprennent aux enfants à communiquer."

Monique Juhel, animatrice pédagogique aux Éditions Marie-France, est de cet avis. En plus de faire la promotion de livres, elle donne des conférences sur l'apprentissage aux parents. "Lors de mes rencontres avec les parents, j'insiste pour qu'ils contrôlent l'horaire de la télévision. Je leur suggère aussi de fermer l'appareil durant les repas et de se parler. En plus d'améliorer le langage, ça raffermit les liens familiaux, surtout pas de télé dans les chambres. La télévision est bon outil d'apprentissage, mais qui exige pas d'efforts de la part de l'enfant. On devrait donc l'utiliser à petites doses."

On peut dire la même chose de l'ordinateur, le vidéo et le nitendo (à user avec modération!). Il y a aussi les garderies dont les parents travaillant à l'extérieur, laissent leur enfant aux mains des éducatrices mais c'est la communication parentale qu'il leur faut et qu'ils quémandent personnellement.

Autres suggestions pour améliorer le langage: utiliser le bon vocabulaire pour désigner les objets et encourager la lecture: lire une histoire par soir aux tout-petits. Choisir des livres adaptés à leur âge dont la lecture n'est pas trop ardue. Jusqu'à l'âge de 7 ans, des contes illustrés en couleurs. Vers 8 ans, des aventures de robots, de détectives.

La loi du moindre effort

Élevés à l'intérieur d'un petit noyau familial, les enfants d'aujourd'hui sont davantage gâtés et surprotégés que ne l'étaient leurs aînés. Ce monde de facilités qu'on leur offre ne les prépare guère à faire face aux exigences des professeurs et des programmes éducatifs. "Quand Julien a commencé l'école, il acceptait mal d'avoir à se conformer à une discipline, se rappelle Louise. Enfant unique, il était roi et maître à la maison. Inutile de dire que la première année scolaire a été un enfer. En fait, il a dû la reprendre. Finalement, c'est sur les conseils de la psychologue de l'école que l'on a modifié peu à peu notre façon d'agir. Ça n'a pas été facile mais, aujourd'hui, il est en 3e année et ça va beaucoup mieux."

Acquérir de la discipline et apprendre à faire des efforts, c'est en fait un travail de tous les jours. Et c'est à la maison qu'il doit commencer. L'enfant qui fait des efforts réussit mieux à l'école et s'il réussit mieux, il sera plus motivé à apprendre, il sera encouragé soutient Raymond Paradis, éditeur de livres scolaires aux Éditions Marie-France et spécialiste en sciences de l'éducation. Pour cela, il faut que l'enfant ait appris à faire des efforts.

Il est préférable de développer de telles attitudes dès le plus jeune âge. Comment? Une vie stable où les repas, les devoirs et le coucher sont régis par un horaire sécurise l'enfant. Et il lui sera plus facile d'accepter les délais que lui donnent ses professeurs. Ensuite, il est bon de lui montrer l'autodiscipline et l'effort par des gestes concrets, comme exiger qu'il fasse son lit. Bien sûr, c'est plus facile, et plus vite de le faire soi-même, et moins épuisant que de le lui rappeler dix fois de suite. Ainsi, on lui enseigne que la vie, au fond, c'est facile et qu'il y aura toujours quelqu'un qui finira par faire les choses à sa place. Quand il se retrouve sur les bancs d'école et que l'on exige des efforts de sa part, il ne comprend pas. C'est la désillusion qui se traduit par des problèmes de comportement et du désintéressement.

Le tableau de motivation s'avère aussi un outil précieux pour discipliner l'enfant. Il s'agit d'une sorte de calendrier sur lequel on écrit des tâches à accomplir; le ménage de la chambre, par exemple. Lorsque le travail est bien fait, on met une étoile, lui fixer des objectifs et le récompenser d'une autre façon, ces petits succès lui feront prendre conscience de ses capacités et l'encourageront à persévérer.

Des petits gestes qui ont de grandes répercussions

Pour stimuler leur goût d'apprendre, il faut commencer

tôt. Seule consigne: le plaisir doit être au rendez-vous. Si l'enfant juge l'expérience désagréable, il se fermera à toute forme d'enseignement.

Faire des activités avec l'enfant, sorties familiales, aller au musée, à cheval, au théâtre. Afin de le motiver, on peut aussi leur donner un coup de main à leurs leçons.

La motivation reste liée à l'estime de soi. Il faut valoriser le plus petit succès de notre enfant en le félicitant et en l'encourageant à poursuivre ses efforts.

A l'adolescence, la discussion encore et encore.

Quand il s'agit de motiver les adolescents, il faut plus que des jeux et des cahiers d'exercices, on s'en doute. Avec eux, la meilleure formule restera la discussion. C'est le moment plus que jamais de les écouter et de les encourager à parler d'eux, de leurs goûts, de leurs points forts et faibles, de leurs aspirations. Il faut privilégier des échanges dénudés de colère et de sarcasmes, et de faire appel à l'humour. Les jeunes ont besoin d'être soutenus dans leurs choix, même si ceux-ci ne correspondent pas nécessairement à ceux de leurs parents. En ce sens, l'histoire de Ghislain fait réfléchir. Conscient de ses forces et de ses limites, ce jeune décidait à 14 ans, de suivre un cours de plomberie. Mais son père n'était pas d'accord. Après bien des discussions orageuses, Ghislain abandonna cette idée et poursuivit ses études. Trois ans plus tard, il décrochait.

En plus du dialogue, on peut également favoriser l'autonomie du jeune. Comment? Il lui suffit de lui donner des responsabilités, de le laisser organiser sa vie personnelle et scolaire. On peut aussi valoriser ses efforts et ses succès, s'intéresser à ses projets et à tout ce qu'il vit. Et surtout, lui faire confiance et de le soutenir.

Enfin, il ne faut pas croire que les adolescents du secondaire sont assez vieux pour se débrouiller seuls. Quoi qu'ils en disent, ils ont autant besoin de la présence et du soutien de leurs parents au cours de cette période scolaire que durant leurs premières années au primaire.

Si l'adolescent semble démotivé, il importe d'en discuter calmement avec lui, sans le culpabiliser afin d'en découvrir les raisons. Au besoin, s'il est d'accord, on devrait consulter son professeur et tout autre professionnel de l'école afin de résoudre sans tarder ce problème. C'est le moment tout indiqué pour être près de lui pour l'aider et l'aimer.

En résumé, quelque soit l'âge du jeune, il s'agit d'être attentif, de trouver mille et un prétextes pour lui communiquer quotidiennement le plaisir de la connaissance, des échanges, des jeux stimulants. Et cela, en lui confiant

parallèlement des responsabilités à sa mesure, qui lui feront comprendre que faire des efforts, ce n'est pas si terrible.

L'enquête faite par la Firme Price Waterhouse conclut que l'abandon scolaire n'est pas un événement mais un processus à long terme. C'est tout un travail d'effort que tous en commun nous pourrons faire de notre jeune une "Réussite Scolaire" et de plus, nous aurons réussi notre mission éducative de l'avenir...

Pour poursuivre la discussion, je suis à votre disposition pour des conférences et des renseignements supplémentaires pour aider les jeunes et les parents à prendre conscience du bien-être et la réussite de leur enfant.

 

Les prochains sujets de futures conférences seront sur la

drogue et la violence à l'école comment s'en protéger.

 

Par: Madeleine Guillemette

Secrétaire de recherche

St-Honoré P.Q. GOL 3KO

Madeleine@icrdl.net

BIBLIOGRAPHIE

 

Pour être gagnant, Techniques de réussite au secondaire.

Gilles Fournier et Carol-Ann Fournier, Editions Beauchemin, 1991, 186p. 11$ Ecrire au 3281, Jean-Béraud, Laval (Québec) H7T 2L2, tél.; 514-334-5912 ou 1-800-361-4504. 

La Motivation scolaire... une clé pour l'école.

1991, 28p. 6$. Écrire à La Commission Scolaire des Manoirs, Services Educatifs, 775, Saint-Louis, Terrebonne (Québec) J6W 1J7

LES STATISTIQUES DU DECROCHAGE SCOLAIRE AU QUEBEC.

Le Soleil du 9 juin 1991.

"SUS AU DECROCHAGE SCOLAIRE SUR LA RIVE SUD".

Le Soleil du 29 mars 1992, A-3.

QUAND LES "SABOTEURS DE COURS" FONT LA LOI.

Journal du Québec, lundi le 25 janvier 1993, p. 16.

EDUCATION DES ADULTES: "LES FUTURS DECROCHEURS SONT INDISCIPLINÉS".

Journal du Québec le 29 janvier 1993, p. 11

 

 

 

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